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La Madeleine Proust de Lola Semonin

Le monde vu du Haut-Doubs
Paris-Théâtre Rive gauche

madelaine

On pouvait penser le personnage de la Madeleine Proust inchangé et inchangeable, tant il incarnait, avec une vraie drôlerie, la vieille femme franc-comtoise fermée dans son passé et ses vérités d’antan. Mais sa créatrice, Laurence Semonin devenue Lola Semonin, la renouvelle dans le dernier épisode. Elle l’imagine au temps d’internet, se débrouillant comme elle peut avec les techniques d’aujourd’hui, et surtout confrontée à l’arrivée d’une autre population. Elle a un jeune ami, Kamel, qu’elle aurait pu prendre en grippe et pour lequel, au contraire, elle a l’amitié de ceux qui comprennent les mal-aimés et les nouveaux venus du paysage social. Sous ses cheveux blond filasse, Madeleine peste toujours en se trompant sur les mots et a contrario des bourgeois. Vêtue de robes et de chemises du goût le plus moyenâgeux et le plus criard, elle dérape toujours dans ses phrases (« Aujourd’hui on a les pieds de Damoclès sur la tête). Elle fait entendre la voix ancestrale du Haut-Doubs protestant avec des accents cocasses contre tout ce monde qui change et perd ses différences locales. Sans trop de nostalgie, car Lola Semonin lui fait même chanter un rap de sa fabrication et lézarder son conservatisme apparent. En fin de spectacle, l’auteur-actrice quitte la tenue de la vieille femme et, en son nom, fait sur la tonalité du slam l’éloge de la tolérance en évoquant le quartier parisien, celui de la rue Saint-Denis, où elle s’est installée et où elle côtoie avec bonheur les cultures les plus diverses. Lola Semonin est-elle tombée dans le moralisme ? Nullement, puisqu’on aime ses points de vue généreux en même temps qu’on apprécie son comique qui ridiculise avec douceur et même affection un régionalisme et un personnage attachants. Caroline Loeb, qui fait pour la première fois la mise en scène de l’artiste, a su accuser avec elle le rythme et la profondeur humaine. Madeleine Proust, dans sa version 2009, c’est l’aïeule dont chacun rit avant de l’inscrire dans son patrimoine privé.

La Madeleine Proust de et par Lola Semonin, mise en scène de Caroline Loeb, musique de Pascal Contet, lumières d’Antoine Malaquias, Théâtre Rive Gauche, tél. : 01 43 35 32 31, dimanche et lundi (10 euros pour les moins de 26 ans).

© Cyrus Cornut

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